Rentrée 2026 : et si la pause numérique était aussi une occasion de se reconnecter ?
Pour cette rentrée scolaire 2026-2027, l’École entend agir sur deux fronts qui peuvent sembler distincts mais qui, en réalité, se répondent étroitement : limiter l’exposition aux écrans et faire de la santé mentale des élèves une priorité.
D’un côté, la généralisation de la mise à distance du téléphone portable doit permettre aux élèves de retrouver, pendant le temps scolaire, des espaces libérés des notifications, des sollicitations permanentes et de l’hyperconnexion. Dès cette rentrée, l’usage du téléphone portable est interdit dans les écoles, collèges et lycées, avec l’ambition affichée d’une scolarité complète sans téléphone.
De l’autre, l’Éducation nationale entend renforcer le repérage et la prévention en matière de santé mentale : détection des troubles ou des signaux faibles, protocoles dédiés, personnels repères, meilleure coordination des acteurs. Cette évolution est nécessaire. Elle traduit une prise de conscience essentielle : la santé mentale n’est pas une question périphérique à l’École, elle est une condition du bien-être, des apprentissages et de la réussite des élèves.
Mais une question demeure : que faisons-nous de ces nouvelles ambitions une fois les circulaires publiées et les dispositifs annoncés ?
Car interdire le téléphone ne suffit pas à apprendre à s’en passer. Détecter une souffrance ne suffit pas à prévenir son apparition. Et aucun protocole, aussi nécessaire soit-il, ne pourra remplacer durablement la relation, la confiance, l’écoute et le développement des compétences qui permettent à un jeune de comprendre ce qu’il ressent, de mettre des mots sur ce qu’il vit et de faire des choix éclairés.
C’est précisément là que la prévention proposée par notre association prend tout son sens.
ADOSEN fait le choix depuis plusieurs années d’une prévention réflexive® : plutôt que de dire aux jeunes ce qu’ils doivent penser ou faire, nous leur proposons de questionner leurs représentations, leurs comportements et leurs choix, afin qu’ils puissent construire leur propre jugement et devenir pleinement acteurs de leur santé et de leur citoyenneté.
Notre démarche s’appuie notamment sur le développement des compétences psychosociales et sur la capacité des jeunes à penser par eux-mêmes et avec les autres.
C’est l’objectif porté par tous nos outils pédagogiques et par les ressources que nous proposons dans le cadre du programme EVAR-S (Education à la vie affective, relationnelle et à la sexualité). Sur des sujets tels que les addictions, le harcèlement, l’hygiène de vie, l’égalité de genre ou encore la prévention des violences, nos outils proposent tous de considérer les jeunes comme des interlocuteurs valables, de mobiliser le questionnement et la réflexion comme leviers de prévention et d’émancipation et de permettre aux jeunes une meilleure compréhension d’eux-mêmes et du monde.
C’est le sens de nos actions communes et notre partenariat avec MGEN, la Fondation des Femmes, le Planning Familial, porteur d’un collectif « Pour une véritable éducation à la sexualité ». de notre collaboration également avec la Voix de Sarah, association fondée par la championne Sarah Abitbol pour libérer la parole autour des violences sexuelles, physiques et psychologiques.
Et c’est dans cette continuité que nous réfléchissons aujourd’hui à une nouvelle ressource consacrée aux usages du numérique chez les 8-12 ans, dont la sortie est prévue en 2027. Car il serait paradoxal de vouloir construire une génération « sans téléphone à l’école » sans donner aux enfants les clés pour comprendre le monde numérique dans lequel ils grandissent. Le sujet n’est pas de choisir entre le numérique et son absence. Il est de permettre aux jeunes de comprendre leurs usages, d’identifier ce qui les influence, de distinguer besoin et envie, plaisir et dépendance, connexion et isolement, information et manipulation.
Autrement dit, de passer d’une logique de simple restriction à une véritable éducation au numérique. Cette nuance est essentielle.
La pause numérique ne doit pas seulement être une pause du téléphone. Elle peut devenir une pause pour apprendre autrement, pour se parler, jouer, coopérer, se confronter au regard des autres, retrouver son attention et expérimenter d’autres formes de sociabilité.
De la même manière, faire de la santé mentale une priorité ne peut pas consister uniquement à mieux repérer les élèves qui vont mal. Il faut aussi agir en amont, sur les facteurs qui favorisent leur bien-être : la qualité des relations, le sentiment d’appartenance, la confiance en soi, la capacité à exprimer ses émotions, à demander de l’aide, à résoudre des problèmes et à prendre leur place dans le collectif.
C’est ici que se situe, pour nous, l’enjeu de cette rentrée.
Prévenir plutôt que réparer. Éduquer plutôt qu’interdire. Donner des clés plutôt que dicter des comportements. Considérer les jeunes comme des interlocuteurs valables plutôt que de simples destinataires des politiques qui les concernent.
Les ambitions affichées pour cette rentrée sont fortes. Leur réussite dépendra aussi de notre capacité collective à les traduire dans le quotidien des classes, dans les cours de récréation, dans les temps périscolaires et dans les relations entre jeunes et adultes.
Les outils ne feront pas tout. Les protocoles ne feront pas tout. Les interdictions ne feront pas tout.
Il faudra surtout du temps, des adultes formés, des espaces de parole et des démarches pédagogiques qui permettent aux jeunes de devenir acteurs.
C’est la contribution qu’ADOSEN souhaite continuer à apporter cette année : mettre à disposition des équipes éducatives des ressources concrètes pour parler de santé, de citoyenneté et de solidarité, mais surtout pour permettre aux jeunes de réfléchir, d’échanger et de construire ensemble les réponses aux enjeux qui sont les leurs.
Parce qu’au fond, la question n’est peut-être pas seulement de savoir comment déconnecter les jeunes de leurs téléphones.
C’est de savoir ce à quoi nous voulons leur permettre de se reconnecter : à eux-mêmes, aux autres et au monde qui les entoure.
Bonne rentrée à toutes et tous,
Stéphane Marchand-Maillet,
Président ADOSEN