Les addictions : tabac, drogues, alcool

Prévenir les addictions dans et en dehors de l’école

Stratégies de prévention éducatives efficaces auprès des jeunes[1]

Prévention universelle destinée à l’ensemble de la population jeune

Les mesures les plus efficaces en matière de prévention des addictions combinent des actions de prévention socio-éducatives et des actions de prévention environnementale.

Les actions qui visent le développement des compétences psychosociales des enfants et des jeunes sont reconnues comme faisant partie des actions les plus efficaces et doivent être développées dès le plus jeune âge.

Les séances proposées aux enfants cherchent à développer cinq couples de compétences spécifiques :

  • savoir résoudre les problèmes / savoir prendre des décisions ;
  • avoir une pensée créative / avoir une pensée critique ;
  • savoir communiquer efficacement / être habile dans les relations interpersonnelles ;
  • avoir conscience de soi / avoir de l’empathie pour les autres ;
  • savoir gérer son stress / savoir gérer ses émotions.

Les actions de soutien à la parentalité et de renforcement des compétences parentales et éducatives sont également reconnues comme ayant un impact bénéfique sur la capacité des jeunes à refuser ou limiter l’expérimentation des substances psychoactives. Le travail sur l’amélioration de la qualité du lien entre parents et enfants, et ce depuis le plus jeune âge, renforce les facteurs de protection chez les (futurs) adolescents.

Prévention ciblée auprès de primo-consommateurs

L’intervention précoce vise à raccourcir le délai entre l’apparition des premiers signes et le début d’un accompagnement destiné à éviter une évolution vers la dépendance. Elle intervient au début de trajectoires de consommation et aux moments où elles peuvent devenir problématiques. Elle s’appuie sur des dispositifs spécifiques distincts de l’offre de soins habituelle, car ces primo-consommateurs sont généralement dans une phase où ils tirent bénéfice de cette consommation et ne sont pas demandeurs de prise en charge[2]. Elle implique le repérage précoce et la rencontre avec le jeune dans le but de faciliter l’auto-évaluation, l’identification des ressources et l’auto-changement qui repose avant tout sur une prise de conscience et sur un choix. C’est sur ces bases que fonctionnent les Consultations Jeunes Consommateurs (CJC).

Approche expérientielle

L’approche expérientielle a pour objectif, que ce soit pour éduquer, prévenir ou soigner, de fournir à la personne des outils pouvant l’aider à « lire » son propre vécu, à prendre conscience de son pouvoir d’agir sur soi et son environnement, et à être ainsi acteur de son propre bien-être.

Les stratégies d’action de l’approche expérientielle visent à créer les conditions pratiques pour inciter les personnes à réfléchir sur :

  • leurs modes de vie et leurs rapports aux drogues,
  • ce qu’ils consomment et ce qui les pousse ou les freine à consommer,
  • les conséquences négatives et positives de cette consommation,
  • leur pouvoir d’agir pour trouver des plaisirs et du bien-être individuel et collectif, en tenant compte de leurs propres limites.

Prévention ciblée auprès des consommateurs avérés :

L’approche préventive de réduction des risques, communément appelée « RDR », s’inscrit spécifiquement dans les missions des centres d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques auprès des usagers de drogues (CAARUD).

Les actions de réduction des risques ont pour principaux objectifs de mettre à disposition du matériel de prévention des infections virales et bactériennes, de faciliter l’accès aux soins, mais aussi de soutenir les usagers de substances psychoactives, notamment les plus exclus, dans l’accès aux droits, au logement et à l’insertion professionnelle.

La rue, les « squats » et les événements festifs constituent les sites d’intervention privilégiés pour les actions de RDR.

PRINCIPAUX CRITÈRES D’EFFICACITÉ DES ACTIONS DE PRÉVENTION DES CONDUITES ADDICTIVES DES JEUNES(tiré d’un article d’Alain Morel issu du magazine Actions santé n°188,

ADOSEN Prévention santé MGEN, juillet 2015, p. 6-8)

·         Inscrire les actions de prévention sur le long terme, dans le cadre d’un dispositif global reposant sur des interventions nombreuses et coordonnées

·         Agir sur les facteurs de risque (en particulier la précocité de l’usage, la vulnérabilité psychique de l’usager et sa précarité sociale, la disponibilité des produits) et

les facteurs de protection (soutiens familiaux, qualité des relations dans l’entourage, estime de soi, capacité de gestion des émotions)

·         Agir sur les facteurs environnementaux (influence négative des pairs, maltraitance, violences subies, isolement social, carences communicationnelles,…)

·         Associer les familles et agir auprès d’elles (renforcer les liens familiaux et les compétences parentales)

·         Utiliser des instruments éducatifs visant le renforcement des compétences psychosociales, émotionnelles et cognitives du sujet (affirmation de soi, capacité de refus, contrôle de soi, confiance en soi, esprit critique,…)

·         Favoriser les pédagogies participatives (techniques d’animation interactives, expérientielles et coopératives) en se fondant sur une information scientifique exacte et en veillant à proposer des alternatives ayant un bénéfice et un intérêt immédiat

Lieux d’accueil et d’écoute pour les jeunes

De nombreux lieux d’accueil et d’écoute pour les jeunes existent en France.

Les Consultations Jeunes Consommateurs

Présentes dans la quasi-totalité des départements français, ces consultations proposent un accueil gratuit et confidentiel. Elles se déroulent au sein des Centres spécialisés d’accompagnement et de prévention en addictologie (CSAPA) ou dans des lieux spécialisés dans l’accueil des jeunes (Maisons des adolescents et Points accueil écoute jeunes).

Les jeunes peuvent s’y rendre seuls ou accompagnés de leur parent ou d’un proche. Les parents peuvent également être reçus avec ou sans le jeune concerné. Elles effectuent un bilan des consommations, apportent une information et un conseil personnalisé aux consommateurs et à leur famille, proposent au jeune un accompagnement pour l’aider à arrêter sa consommation et si besoin une orientation vers d’autres professionnels ou structures.

Les Maisons des Adolescents

Mises en place depuis 2004 et présentes dans près de 60 départements, les Maisons des adolescents ont pour mission d’informer, de conseiller, d’accompagner et d’orienter les adolescents en difficulté ainsi que leurs familles et les professionnels qui travaillent au contact des jeunes.

Quelles que soient leurs difficultés (troubles alimentaires, mal-être, problèmes avec l’alcool ou avec des substances illicites), les jeunes y sont accueillis gratuitement sur des plages horaires souples et adaptées (avec ou sans rendez-vous, seuls ou avec leurs parents). Sur place, ils peuvent se confier à une personne de l’équipe soignante (qui rassemble médecins, psychologues, éducateurs, infirmières…) et poser toutes les questions qu’ils souhaitent. Les professionnels écoutent, conseillent, peuvent proposer de revenir ou orienter vers un spécialiste pour un suivi.

Les Points Accueil Écoute Jeunes

Ces lieux d’accueil, d’écoute et d’échanges confidentiels sont ouverts à tous les jeunes. Une de leurs missions est la prévention des conduites à risques (dont l’usage de substances illicites).

Conseils aux parents

  • Pour tous les parents :

Il est primordial d’entretenir des liens de confiance avec son enfant et d’être à l’écoute de ce qu’il vit. Soutenir ses efforts, l’encourager, le féliciter sont importants pour développer sa confiance en soi.

A l’adolescence, s’exprimer, dire ce que l’on pense, donner son opinion, appliquer le « savoir dire non » quand c’est nécessaire, envisager des solutions à ses problèmes et choisir la meilleure,… sont déterminants dans cette période de sollicitations diverses et d’influence par les pairs.

  • Pour les parents dont les enfants présentent des signes d’addiction :

Si vous êtes inquiets, trouvez une façon d’aborder le sujet avec lui calmement. Montrez-lui que vous êtes à l’écoute de ce qu’il vit et faîtes-lui part de vos inquiétudes sans lui coller l’étiquette d’ « addict ».

Vous pouvez également demander de l’aide auprès des structures dont le rôle est de recevoir les familles et d’aider à faire le point sur toutes les situations en lien avec une possible addiction comme les Consultations Jeunes Consommateurs par exemple. (cf. rubrique Lieux d’accueil et d’écoute pour les jeunes). Vous pouvez aussi prendre appui sur votre médecin de famille.

La mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives

Par un décret du 11 mars 2014, la mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) est devenue la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Cette modification a explicité l’élargissement de la compétence de la mission à l’ensemble des substances psychoactives ainsi qu’aux addictions sans substance.

La Mildeca anime et coordonne l’action du gouvernement en matière de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Elle élabore le plan gouvernemental et veille à sa mise en œuvre.

Le plan gouvernemental de lutte contre les drogues et les conduites addictives 2013-2017 a été décliné en deux plans d’actions successifs, programmés sur une durée de deux ans chacun. Le second plan d’actions 2016-2017 poursuit la révision en profondeur des méthodes de prévention initiée depuis 2013 par le plan. Il s’agit d’améliorer et d’évaluer l’efficacité de la prévention dans le cadre d’une mise en cohérence des politiques d’éducation, de santé et d’application de la loi.

La Mildeca promeut la mise en œuvre la plus précoce possible d’interventions de prévention scientifiquement validées et principalement orientées vers les populations les plus exposées : les jeunes, les femmes usagères de drogues, les publics précaires mais aussi les usagers en milieu professionnel. Ainsi, pour « toucher les jeunes » ce plan prévoit entre autre d’utiliser des sportifs populaires pour parler de drogues, de prévention, de réduction des risques.

[1] Guide Prévention des conduites addictives destinée aux jeunes Respadd – mars 2015 / Actions santé n°188, ADOSEN Prévention santé MGEN, juillet 2015

[2] Morel A, « L’intervention précoce », Actal, 8, 2010, p. 24-27. http://www.federationaddiction.fr/actal-n8-septembre-2010-laprevention-un-investissement-pour-demain/ ; Couteron JP, Santucci JJ, « L’intervention précoce : pourquoi et comment ? »,

Actualités et dossier en santé publique, 60, 2007, 49-54.

Prévention en milieu scolaire

Réglementation concernant la santé des élèves :

La prévention des conduites addictives en milieu scolaire s’inscrit dans une démarche globale d’éducation à la citoyenneté et à la santé à l’École.[3]

Un nouveau référentiel des compétences professionnelles des métiers du professorat et de l’éducation entré en vigueur en septembre 2013 introduit la responsabilité « d’identifier les conduites à risque, les signes d’addiction, (…) et contribuer à leur résolution en coopération avec les personnes ressources internes ou externes à l’institution. »

[3] Pour en savoir plus, consultez le site du ministère de l’Education nationale : Prévention des conduites addictives : http://www.education.gouv.fr/cid50297/la-sante-des-eleves.html&xtmc=drogues&xtnp=1&xtcr=1

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