Modèles familiaux : quand les lignes bougent – adosen

Modèles familiaux : quand les lignes bougent

03/04/2018

On assiste aujourd’hui en France à une recomposition des agencements familiaux. Daniel Borrillo, maître de conférences en droit privé et chercheur associé au CNRS, auteur de La famille par contrat à paraître aux Presses Universitaires de France en mai prochain, revient sur les représentations des différentes formes de parentalité à l’école et leurs impacts.

Quelles formes de parentalité observe-t- on aujourd’hui en France ?

Daniel Borrillo : D’un point de vue statistique, la famille nucléaire (couples hétérosexuels mariés avec enfants) reste majoritaire, mais depuis environ 20 ans on constate une forte augmentation des foyers monoparentaux, qui représentent aujourd’hui une famille sur 5, et des familles recomposées (près de 10% des foyers). À cela s’ajoute la reconnaissance des familles homoparentales avec le PACS, et surtout la loi du 17 mai 2013 sur le mariage pour tous, qui permet l’adoption plénière pour les couples homosexuels. Sans oublier les familles élargies*, les familles d’accueil et les familles polygames, qui sont une réalité même si la polygamie est interdite légalement…

Quels enseignements en tirez-vous ?

D. B. : Ce qui fait la famille aujourd’hui, c’est surtout l’enfant. Il n’y a plus de vision « modélique » de la famille qui prévaut. Les modèles traditionnels avec les familles nucléaires ont éclaté pour laisser la place à différentes formes d’agencements familiaux. Toutes les familles, qu’elles soient monoparentales, homoparentales, recomposées, etc. ont les mêmes droits et devoirs, qui font primer le principe de l’intérêt supérieur de l’enfant, cristallisé par la Convention relative aux Droits de l’Enfant de New York en 1989. Cette protection de l’intérêt supérieur de l’enfant a légitimé toutes les formes d’organisation familiales, qui sont aujourd’hui rentrées dans les mœurs. Et ce, malgré le courant d’opposition au mariage pour tous et maintenant à la PMA (Procréation Médicalement Assistée) pour les femmes célibataires et les couples de lesbiennes, incarné par La Manif pour tous (LMPT). L’idée qu’un enfant a besoin d’un père et d’une mère n’a pas de fondement légal en France puisque depuis 1966, la loi permet à un individu seul l’adoption plénière.

Quels enjeux posent ces nouveaux modèles familiaux ?

D. B. : On observe certains problèmes de santé dans les familles monoparentales défavorisées économiquement ou socialement, car elles ne bénéficient souvent pas de mutuelle. Les études montrent par ailleurs qu’il y a de plus de plus de troubles psychologiques chez les enfants de familles divorcées. Ce qui peut perturber l’enfant, ce n’est pas d’avoir deux papas ou deux mamans, ni un père ou une mère vivant seul, ce sont la rupture et les contraintes liées au mode de garde qui en résultent. Quant aux enfants issus de familles homoparentales, ils font parfois l’objet de discriminations de la part des autres enfants, qui découvrent la différence.

Pensez-vous qu’ils soient suffisamment représentés à l’école ?

D. B. : Malheureusement non, il existe peu d’informations sur la pluralité des familles. Pire, les manuels scolaires ont encore tendance à véhiculer une vision archaïque de la famille, avec de nombreux stéréotypes de genre sur la place des femmes et des hommes. Rares sont les ouvrages mettant en avant deux mamans ! Le gouvernement est frileux sur le sujet, car soucieux de ne pas provoquer de nouvelles mobilisations de la Manif pour tous. L’Éducation Nationale n’ose pas en parler et se retrouve en décalage avec une opinion publique, qui se prononce pourtant majoritairement en faveur de l’homoparentalité. Selon un sondage Ifop/Le Monde, 63% des personnes interrogées considèrent en effet qu’un couple homosexuel vivant avec des enfants constitue une famille à part entière.

Comment y remédier ?

D. B. : Ce qui est surtout important, c’est que l’enfant ne se sente pas différent ou exclu. Par exemple, les enseignants doivent veiller à inclure symboliquement les enfants n’ayant qu’un
parent le jour de la fête des pères ou des mères, en célébrant une autre personne. Les cellules sur la laïcité, instaurées dès l’école élémentaire, pourraient par ailleurs être élargies à la notion de diversité pour pouvoir répondre aux questions des enfants issus de cultures, de familles, de classes sociales différentes… Car toutes ces différences font la richesse de notre société ! Il est essentiel que l’école reste vigilante et ouverte aux débats pour éviter toute forme de discrimination ou de tabou. D’autant que sensibiliser les enfants à la tolérance peut contribuer à faire évoluer les regards chez certains parents !

* Ensemble de plusieurs personnes d’une même famille mais de degrés différents vivant dans le même foyer.

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